Voici une série de 4 articles qui brossent le portrait (articles 1, 2 et 3) et synthétisent le raisonnement (article 4) d’une des plus grandes personnalités scientifiques de notre temps. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il a développé une autre façon de voir la biologie, en prenant le relais d’autres personnalités toutes aussi marquantes que furent Antoine Béchamp, Jules Tissot et Gunther Enderlein.

Cette nouvelle vision l’a amené sur les sentiers du soin et notamment sur celui du cancer, pour lequel il offrit une solution non cytotoxique et qui surtout, avait des résultats bien au delà de ce que l’on connaît aujourd’hui. Evidemment, vous vous doutez bien que tout cela ne s’est pas fait sans casse, sans quoi nous n’aurions probablement que des vagues souvenirs de certaines maladies dégénératives faces auxquels la médecine conventionnelle ne peut malheureusement pas grand chose.

Il sortira un article par semaine (référencement Google oblige ;-)), mais d’ores et déjà, tu peux avoir la version PDF de l’ensemble des articles en cliquant ici. Si tu es déjà abonné, alors tu le recevras d’ici quelques jours.

Qui est Gaston Naessens ?

Gaston Naessens est un scientifique français, né en 1924 à Roubaix. Il est étudiant en sciences à Lille (physique, chimie et biologie) lorsque la deuxième guerre mondiale éclate. Malgré tout, il sort diplômé en 1945 d’une structure universitaire, « l’Union Scientifique Nationale Française » créée par des professeurs de son ex-université de Lille qui ont, tout comme lui, été évacués vers Nice pendant la guerre.

Notons au passage que, par mégarde, Gaston Naessens n’a pas pris la peine de demander une équivalence universitaire après la guerre. Ce détail va avoir son importance plus tard dans la mesure où on lui reprochera souvent de ne pas posséder de diplôme académique.

Gaston Naessens fait preuve d’une réelle créativité et se passionne pour la recherche scientifique. A la fin des années quarante, il étudie le cancer sous un angle différent. Dans un premier temps, en 1949, il cherchera à influencer les phénomènes de « fermentation », bien connu du monde médical et caractéristique des tumeurs cancéreuses (cf. schéma). Il créa un produit qui permis de stopper ce processus (il sera décrit plus en détail dans un article ultérieur).

Fabriqué par un laboratoire suisse, elle fut vendue par les pharmaciens, en France et en Suisse, de 1950 à 1960. Il nomme ce produit « GN-24 » (G et N pour ses initiales de prénom et nom, 24 pour son année de naissance).

Figure 1 : processus de fermentation pour une cellule cancéreuse

Ce produit, distribué également en France, connaît un franc succès auprès des patients répandue en Europe. Son utilisation est d’ailleurs préconisée par une grande partie des médecins. Le GN-24, dont l’objectif est de transformer la lécithine des tissus en lysocithine, se révèle extrêmement efficace sur les sarcomes, des cancers qui se déclarent dans les tissus conjonctifs.

Naissance d’un microscope particulier : le somatoscope

Toujours aussi créatif et curieux, Gaston Naessens veut absolument voir ce qui se passe dans des tissus vivants, à un agrandissement supérieur à ceux des microscopes optiques de l’époque. La microscopie électronique existe bien, mais le traitement nécessaire pour obtenir les lames dénature, selon lui, le tissu en question. Il s’entoure donc de techniciens de d’artisans du village de Wetzlar, en Allemagne, qui abritait le siège de la firme d’optique Leitz.

II perfectionnera encore l’appareil grâce à des procédés électro-magnétiques. Cette performance fera l’étonnement des professionnels de l’optique et témoigne à elle seule du génie de ce chercheur polyvalent. Une fois la conception définitive, il fit réaliser son microscope par la firme Barbier-Bernard et Turenne en 1952, spécialisé en haute technologie.

Figure 2 : schéma simplifié du fonctionnement du somatoscope

Le fonctionnement de ce microscope est innovant, puisqu’il permet d’observer le vivant avec un grossissement de 30 000 fois avec une résolution de 150 angstroms ! Il le baptise somatoscope[1] pour les raisons qui suivront. Ce nouveau microscope lui donne alors accès à un tout nouveau monde biologique, dont le docteur Thomas G. Tornabene[2], directeur de l’Ecole de biologie appliquée de la Georgia Institut of Technology) dira plus tard :

« Que Naessens puisse observer des prélèvements biologiques frais est une chose vraiment impressionnante… Les différences les plus étonnantes sont celles que l’on peut immédiatement déceler entre les prélèvements de sang de personnes malades ou saines (…) Le microscope de Naessens pourrait être d’une immense valeur pour de nombreux chercheurs. »

Grâce à cet instrument, Gaston Naessens réussit à découvrir en 1952 un élément ultra-microscopique, plus petite que la cellule, doté d’un mouvement, vivante et capable de reproduction.

Il la nomme Somatide.

Il parvient, à l’aide de son équipe, à la cultiver in vitro. Il observe alors un polymorphisme cyclique composé de micro-cycles, eux-mêmes composés de phases. Le premier micro-cycle est constitué de trois phases chez les animaux et humains en bonne santé. Autrement dit, si le patient se porte bien, il revient à l’état de somatide après la phase 3. Ces phases sont la somatide, le spores et la double spores (cf. figure 3).

Figure 3 : cycle de la somatide (https://www.bibliotecapleyades.net/)

Au fil des années et des expériences, il se rend compte de propriétés étonnantes : les somatides semblent indestructibles. Elles résistent en effet à des températures de plus de 200°C, survivent à des irradiations de 500 Sv (Sivert) normalement suffisant pour anéantir toute forme de vie. Aucun acide n’a également pu les détruire. Elles semblent impérissables, ce qui, biologiquement, est véritablement impensable[3]. Par ailleurs, il constate également que ces particules sont chargées. Le centre est positif et la membrane négativement.

Un somatide (ou microzyma)

Succès et retour de bâton

Des milliers de patients ont accès au traitement GN-24, qui parvient à soulager des milliers de personnes, tantôt atteintes de maladies dégénératives, tantôt atteintes de cancers. Parfois même, on assiste à des rémissions et les résultats sont impressionnants pour l’époque. Les autorités médicales et pharmaceutiques finissent par être au courant. Leur réaction ne se fait pas attendre car malheureusement, ils considèrent trop souvent le cancer comme leur « chasse gardée ».

Les institutions décident donc d’enquêter. En juin 1956, une perquisition a lieu chez Gaston Naessens et sont saisie des ampoules de son remède. Le 15 mars 1957, une seconde perquisition et, le 28 mars, on pose les scellés sur son matériel et sur la porte de son laboratoire. Il ne peut par conséquent plus soigner ses malades.

Gaston Naessens habite alors à Chelles (Seine-et-Marne), où les malades, abandonnés contre son gré, viennent le supplier de les soigner. Contraint de les renvoyer, ils s’adressent au ministre de la Justice. Quinze jours plus tard, en l’absence de réponse, ils organisent une manifestation devant le ministère de la justice, le mardi 16 avril 1957, place Vendôme (cf. figure 4).

Figure 4 : manifestation en faveur de Gaston Naessens (“Gaston Naessens, le Galilée du microscope”)

Inculpé dexercice illégal de la médecine, Gaston Naessens doit suspendre ses traitements. Désespérés, certains malades l’attaquèrent pour non-assistance à personne en danger. Gaston Naessens est donc pris entre le marteau et l’enclume. Je rappelle ici que Gaston Naessens n’est pas diplômé officiellement ni de pharmacie, ni de médecine.

Naissance de l’Anablast

Cependant, malgré ces remous, il poursuit ses recherches en envisageant la possibilité d’une sérothérapie. Il constate que l’injection chez les chevaux, de cultures de somatides induit une forte réaction immunitaire, avec une grande production d’anticorps. En extrayant du sérum obtenu, la fraction de gamma globuline et en la purifiant, il obtient un produit qui, sur les souris, a un effet encore plus net sur le cancer. En effet, en plus des améliorations du GN-24 sur les formes sarcomateuses et carcinomateuses, ce sérum a un effet sur les leucémies. Il appela ce produit Anablast.

Il obtient un brevet en 1961 pour l’Anablast et dépose au sein de l’Académie de Médecine une publication scientifique (n°14405). Les excellents résultats obtenus des médecins qui le prescrivirent augmenta l’intérêt pour ce produit.

La nouvelle traverse alors la manche et un quotidien britannique en fait un article qui, repris par d’autres médias, fera le tour du monde. Entre temps, Gaston Naessens s’installe en Corse afin de fuir l’agitation médiatique qu’engendre son procès. Là-bas, il continue de soigner.

 « Malheureusement pour lui », son traitement semble également efficace pour un nombre important de maladies dégénératives. Ce qui conduit des centaines de malade à se présenter chez lui, à Ajaccio. Encore une fois les autorités françaises réagissent. Après une nouvelle perquisition qui mena à une instruction, un procès est fixé pour avril 1965, pour lequel il paiera 300 000 francs d’amende et 600 000 francs de dommages et intérêts à l’ordre des médecins [4].

Le gouvernement français mobilise 350 gendarmes dans le but de rétablir l’ordre. Gaston Naessens est contraint de déclarer publiquement qu’il ne lui est plus possible de fabriquer l’Anablast. Il rentre aussitôt à Paris, en espérant que ce battage médiatique va obliger les officiels de la médecine à reconnaître la valeur de son produit.

C’est le professeur Denoix, directeur de l’Institut de cancérologie Gustave Roussy de Paris, qui examine des échantillons de l’Anablast[5]. Quelques jours après les avoir reçus, il déclare que le produit n’a aucune valeur. Et il ajoute que les somatides de Gaston Naessens ne sont que des « figures myéliniques » connues, des artéfacts de coloration des frottis sanguins.

Sidéré, Gaston Naessens affirme qu’il est impossible de démontrer quoi que ce soit sur la valeur de l’Anablast en un si court laps de temps et en conclut et estime que le Professeur Denoix a émis son opinion sans procéder à la moindre étude scientifique sérieuse.

Cela n’empêchera pas le procureur de la République de traduire Gaston Naessens en justice au motif de pratique illégale de la médecine. L’instruction va durer trois mois, durant lesquels, on s’efforce de rassembler les preuves de la « culpabilité » de Naessens.

Déménagement au pays de l’érable

Nous sommes alors en 1964 et cette affaire pousse Gaston Naessens à partir une nouvelle fois. Cette fois-ci, il quitte la France et traverse l’Atlantique pour poser ses valises et son somatoscope au Canada. Là-bas, il caresse l’espoir d’y retrouver une communauté scientifique plus ouverte d’esprit. Pour l’anecdote, ce départ précipité fut possible grâce à l’intervention d’un fonctionnaire de la sureté nationale, dont la femme fut guérie par le traitement de Gaston Naessens[6].

Hélas, la tranquillité escomptée n’est pas au rendez-vous, à cause notamment d’affaires relayées par la presse Québecoise à son encontre. Las, il part s’isoler incognito à Oka, chez un ami qui faisait le commerce d’appareils électroniques. Comme il possède des compétences dans ce domaine, il se mit à travailler pour lui de nombreuses années.

La chance tourne enfin !

Cependant, en 1971, la chance tourne enfin en sa faveur. En effet, il reçoit l’intérêt d’un mécène, David Stewart[7] qui, à l’époque, dirige la prestigieuse fondation montréalaise McDonald-Stewart. Cette fondation a d’ailleurs contribué depuis de longue date, à la recherche « orthodoxe » sur le cancer.

Gaston Naessens est donc financé et bénéficie même d’un laboratoire à Montréal, rue Ontario, de la compagnie de l’associé de David Stewart, Sir William Mc Donald. On devine que cette initiative lui valut quelques critiques acerbes, ce qui conduit Gaston Naessens à devoir une nouvelle fois changer de lieu de destination, cette fois-ci au sein d’un autre laboratoire plus discret, en province.

Il s’installe donc à Rock Forest avec sa femme, au bord de la rivière Magog. Il y perfectionnera son somatoscope et, en 1969, après avoir déterminé que la somatide existe au sein de globules rouges, il va orienter ses recherches sur les moyens d’agir sur le cycle de la somatide et ses conséquences.

L’ironie du sort veut qu’une partie des subventions que recevait Gaston Naessens de la fondation McDonald-Stewart transitait par l’hôpital Hotel-Dieu, qui abrita celui qui fut plus tard son plus fervent opposant, Auguste Roy.

Au prochain article nous évoquerons brièvement la théorie des somatides de Gaston Naessens, qui fera l’objet d’un article bien plus complet par la suite. Nous parlerons également de ce qu’il est advenu de son traitement pour enfin vous donner une conclusion un peu plus personnelle.

Prenez soin de vous et sur ce, à la prochaine !


[1] Précisons qu’aucun brevet n’a pu être déposé du fait de l’incompréhension du fonctionnement sous l’angle des lois d’optiques connues. Il dira par ailleurs à propos du somatoscope : « (…) ses constantes mathématiques n’ont pas encore été élucidés, bien qu’un travail considérable ait été exécuté ».

[2] https://www.researchgate.net/profile/Thomas_Tornabene

[3] Pour ceux qui sont intéressés, il existe effectivement un rapprochement avec les travaux de Béchamp (microzymas), d’Enderlein (protits) et de Tissot. Je reviendrai évidemment sur ces éminents chercheurs dans la suite de mon blog.

[4] https://www.lemonde.fr/archives/article/1965/04/06/m-gaston-naessens-repondra-des-delits-d-exercice-illegal-de-la-medecine-et-de-la-pharmacie_3142684_1819218.html

[5] https://www.lemonde.fr/archives/article/1964/01/09/le-serum-naessens-sera-experimente-a-l-institut-du-cancer-de-villejuif-ou-le-biologiste-est-attendu-lundi_2111475_1819218.html

[6] L’histoire est en réalité plus complexe que cela. En effet, il a été sollicité par un citoyen canadien en vue de soigner son enfant, atteint d’une leucémie en phase terminale. Il est donc très attendu, mais, in fine, il ne put fournir lui-même le traitement à l’enfant qui, une fois vérification faite, n’a même pas été traité avec le traitement de Gaston Naessens.

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/David_M._Stewart