Comorbidités

Cet article fait suite à celui-là. Rappel : tu peux avoir le PDF de tous les articles relatifs au Coronavirus en cliquant ici.

Il me semble difficile de parler de mortalité spécifique, qui est définie comme étant le taux de mortalité due à une pathologie particulière. En effet, bien que chacun des morts recensé ait été diagnostiqué porteur du SARS-coV-2 (virus de la maladie COVID-19), ces chiffres ne précisent pas les comorbidités présentes, autrement dit les autres maladies qu’avait déjà le patient en question.

Par conséquent, aucun des chiffres donnés ne permet de lever ces facteurs de confusion [1] dans l’étude de la gravité du COVID-19. Tout au plus, nous savons qu’elle a principalement touché, en Chine, des personnes âgées.

Une personne âgée décédée et diagnostiquée avec le COVID-19, dans un état de santé globalement mauvais, aurait donc pu décéder d’une grippe dans les mêmes circonstances (épidémie nationale).

D’ailleurs, c’est ce qui arrive chaque année, pendant la grippe saisonnière. J’en profite pour rappeler ici qu’on observe chaque année entre 2 et 6 millions de contaminés de la grippe en France, avec un nombre de décès compris entre 10 et 18 000 ces cinq dernières années[2] (Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2019, p 552-563[3]).

Ecrire cela ne minimise pas le nombre de décès qu’engendre le COVID-19. Un mort est toujours un mort de trop. Cela peut tout au plus nous interpeller sur l’adéquation de la réaction de la population et des pouvoirs publiques face à cette maladie.

Contamination au sein des hôpitaux

En France, la réaction globale de la population face à cette maladie a généré un afflux plus important des personnes vers les hôpitaux, dû notamment à la médiatisation des cas en Chine.

En Chine, la nouveauté du virus et les cas précédents (SRAS notamment) ont entraîné une réaction des services sanitaires qui peut être compréhensible. L’objectif étant d’étudier de plus près la transmissibilité ainsi que la gravité de la maladie dans le but d’éviter un nombre de morts trop important.

Cependant, nous savons que les conditions d’hygiène dans la région du Hubei sont, en moyenne, inférieures à celles que nous connaissons en Occident. Dès lors, une réaction mesurée mettant en œuvre des consultations téléphoniques (comme cela a eu lieu dans certains pays nordiques), aurait pu diminuer la contamination des accompagnants des patients ayant présenté des symptômes.

Cet afflux massif vers les hôpitaux, lieu de contamination par excellence, a par conséquent pu potentiellement augmenter le taux de transmission de la maladie.

Par exemple, si pour un simple rhume, nous nous rendions tous à l’hôpital, il semble logique de penser qu’un nombre plus important de personnes seraient contaminées et que, potentiellement, des personnes immunodépressives (ayant par exemple une autre maladie) décéderaient. Ce qui ne peut pas nous permettre de conclure que le rhume est mortel.

Facteurs de risque favorisant l’aggravation des symptômes

Des études très récentes datant de ces derniers mois ont tenté de percer les raisons des différentes expressions symptomatiques du SARS-coV-2. En voici les principales que je vais essayer de résumer et d’expliquer brièvement :

  • Un taux bas de cholestérol LDL. Dans un récent rapport publié le 13 mars 2020 dans le JAMA Intern Med[4], des chercheurs ont montré que leurs patients COVID 19 atteints du syndrome de détresse respiratoire aigüe avaient des taux de LDL particulièrement bas. Près de 50% d’entre eux se trouvaient au-dessous des normes inférieures du laboratoire avant de présenter une détresse respiratoire (cf. Tableau ci-dessous, dernière ligne) . Les médicaments visant à réduire le LDL (les statines, telle que Tahor, Elisor, Crestor, etc) semblent donc être un facteur de risque ;
  • On notera aussi des valeurs moyennes anormales basses d’albumine et de pré-albumine. Sans entrer dans les détails, ce sont des protéines produites par le foie et très présentes dans le sang. La première reflète l’état de santé globale et la dénutrition du patient et la seconde l’état d’hydratation mais également l’état nutritionnel (quand elle est associée à un état inflammatoire).

Figure 1: moyennes des paramètres biochimiques des patients atteints de COVID-19

  • Une tension trop basse [5] [6] [7] [8]. Beaucoup de patients âgés et/ou fragiles victimes du COVID-19 sont consommateurs de médicaments visant à baisser la pression artérielle. Il n’est pas question ici de discuter leurs prescriptions, mais de simplement poser un constat ;
  • De même, les médicaments immunosuppresseurs, les anti-inflammatoires stéroïdiens (cortisone) ou non stéroïdiens (type ibuprofène) favorisent les infections virales [9].
  • L’aspirine semble favoriser les symptômes graves. Donnée de façon chronique, elle est toxique pour l’endothélium vasculaire. Elle est néanmoins nécessaire en cas d’intolérance à d’autres types d’antiplaquettaires.
  • Le cas du vaccin antigrippal : voir la récente publication résumant les données des forces armées américaines sur les interférences entre les virus concernant les voies respiratoires (comme le SARS-coV-2) et la vaccination antigrippale[10]. La vaccination antigrippale favorise les infections à coronavirus, famille du COVID-19. Ce n’est pas négligeable (tableau ci-dessous) puisque dans cette étude est observée une augmentation de 36% du risque d’infection par cette famille de virus chez les vaccinés antigrippe.

Figure 2: relation entre vaccin anti-grippal et virus à tropisme respiratoire, tel que le coronavirus

Explications biologiques probables

Sur le LDL-Cholestérol

Les lipoprotéines, dont les LDL-Cholestérol font partie, constituent un élément essentiel du système immunitaire. Un régime riche en matières grasses méditerranéennes [11] permet la circulation de ces lipoprotéines. Elles sont alors capables de capter et neutraliser n’importe quel virus. Sans entrer dans les détails, c’est le concept de lipoparticules virales.

L’enveloppe externe des lipoprotéines est phospholipidique et semblable à celle de certains virus. Le virus se multiplie en utilisant la machinerie cellulaire des cellules hôtes, parce qu’il en est dépourvu. L’absorption des virus par les lipoprotéines permet de les neutraliser puisque les lipoprotéines ne disposent pas non plus de cette machinerie.

Les lipoprotéines stockent les virus, les paralysent et éventuellement les détruisent. Ainsi les personnes qui ont des concentrations faibles en lipoprotéines sont plus sensibles aux maladies virales.

On comprend ainsi qu’en dehors des repas et des périodes d’après-repas, il ne faut rien faire qui puisse diminuer la circulation des lipoprotéines.
Les médicaments anti-cholestérol (qui sont en fait des médicaments qui diminuent les lipoprotéines circulantes LDL) doivent être évités si on veut se protéger des pathologies virales.  

Sur la tension artérielle

Il se trouve que le COVID-19 a la particularité de pénétrer les cellules du système rénine-angiotensine. Certains médicaments prescrits dans l’hypertension artérielle interfèrent avec le système rénine-angiotensine et, en conséquence, sont potentiellement impliqués dans l’infectiosité et la dangerosité du COVID-19.

Autres pistes de réflexion

Pour l’instant, les chiffres obtenu à Wuhan, en Italie et en Espagne ne suivent pas ceux qu’on trouve dans la plupart des autres pays[12] et ont tendance à tirer le taux de létalité vers le haut. A l’heure où j’écris ces lignes (18 mars), la France est à 1,6% brut, là où l’Italie est à 7,94% de létalité, l’Espagne 4,4%.

Tabac

A Wuhan (4,6% de létalité), la qualité de vie et l’hygiène peuvent être incriminées. Mais pas seulement. En effet, selon la FAO[13], la Chine serait responsable de la consommation de 37% de tabac dans le monde. Il pourrait donc exister une relation entre la consommation de tabac, notamment chez les personnes âgées en Chine, et le taux de létalité.

En Europe, si on suit ce raisonnement, on devrait trouver peut-être une corrélation. Or, en 2013 (je n’ai pas trouvé de carte plus récente), la FAO estimait l’importation de tabac en Europe, telle que :

On voit alors que les pays les plus concernés sont : la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie.

Cela est cohérent pour l’Espagne et l’Italie et un peu moins pour la France. Mais cela ne colle pas avec l’Allemagne qui ne connaît, au 18 mars 2020, qu’un taux de létalité de 0.02%, malgré une importation importante de tabac (du moins, en 2013). L’idéal serait de faire une étude par classe d’âge et consommation de tabac. Soulignons également que l’Allemagne est un pays où les médecines dites « alternatives » sont très bien acceptées.

Les « Heilpratikers » ont pignon sur rues et les naturopathes sont reconnus. 25% de la population a déjà jeûné et il existe même des cliniques permettant de le faire tout en se faisant accompagner par un service médical [14]. Cela peut suggérer que l’état de santé global de la population est meilleur, du moins au niveau des pathologies respiratoires. Ceci n’est qu’une hypothèse et un travail plus approfondi peut être fait dans ce sens.

Le réseau 5G

Les ondes électromagnétiques peuvent clairement influencer sur l’activité cellulaire (j’écrirai un article plus précis dessus plus tard). En revanche, l’analyse des implantations d’antenne 5G [15] et les chiffres de létalité entrevus actuellement ne correspondent pas. En Allemagne par exemple, les implantations peuvent être comparables à l’Italie. Pour autant, la létalité y est 300 fois inférieure à ce jour. Il faudrait de toute manière disposer de chiffres plus précis par pays et par ville, ce que je n’ai pas pour l’instant (ni le temps de les traiter non plus).

Effet iatrogénique (exemple : antipyrétique tel que le paracétamol)

Iatrogénie signifie que la cause est en partie due aux traitements. On l’a vu précédemment avec l’aspirine, les statines, les anti-hypertenseurs ainsi que pour les anti-inflammatoires. Mais nous pourrions y ajouter le paracétamol. En effet, la fièvre a une réelle utilité dans la lutte antivirale, notamment chez les enfants. Les crises convulsives fébriles sont rares, et même la Haute Autorité de Santé[16], ainsi qu’un nombre de plus en plus important de chercheurs reviennent sur l’idée qu’il faille à tout prix la traiter.

C’est un mécanisme naturel et je vous invite à lire l’article de mon blog qui traite de ce sujet. Plusieurs études ont montré que les traitements antipyrétiques (dont le paracétamol fait partie) prolongent l’état grippal tout en accentuant ses symptômes[17] [18] [19].

Oxygénothérapie

Une étude récente[20] montre qu’elle n’est pas forcément adaptée en soins aigus et pourrait accentuer l’aggravation des symptômes. L’hypothèse mérite d’être posée en ces temps de pandémie.

Voilà, c’est la fin de ce retour sur les données. J’espère que ça t’aura un peu plus éclairé sur ce qui se passe actuellement. L’objectif est de rassurer les personnes. J’ai voulu revenir tranquillement sur ces chiffres suite à la réaction de certains de mes amis.

Conclusion

Elle peut être éphémère et je précise que je l’écris en fonction des données actuelles, au 19 mars 2020.

Premièrement. Le virus SARS-coV-2, responsable du COVID-19, de la famille des Coronavirus est contagieux. Dangereux, j’en suis moins certain. Par ailleurs, il ne laisse pas de séquelles, comme ça peut être le cas avec la poliomyélite. Et bien qu’il cause des décès, rien ne dit qu’à la fin de l’année, il existera un signal fortement anormal de la mortalité en France, voire dans le monde. Nous ne le saurons qu’à la fin de la pandémie.

Deuxièmement. Ton état de santé et de forme semble être un facteur important d’atténuation des symptômes, voire d’une expression nulle des symptômes. Le tableau de la figure tend à confirmer cela. Et ce, même si tu es âgé. A Wuhan, c’est 3 personnes sur 100 de plus de 60 ans qui ont décédé et 8 pour ceux qui ont plus de 70 ans. Cela signifie donc que c’est statistiquement 97 et 92 personnes qui ont survécu pour ces mêmes classes d’âge.

Troisièmement. J’ai encore beaucoup d’interrogations sur ce qui se passe. Notamment sur la grande différence de létalité entre des pays qui se trouvent être limitrophes. Quand, au 20 mars, la France connaît un regain de létalité (3,3% – 372 décès sur 10995 contaminés), l’Allemagne reste avec un taux très faible, malgré un nombre de cas supérieur à 50% (0,28% – 44 décès sur 15320 contaminés). Et cela peut se voir sur un tas d’exemples de pays voisins.

Lorsqu’on regarde les statistiques mondiales, on est quand même frappé par le fait que seuls quelques pays se démarquent au sens où ils ont un taux de létalité préoccupant. Le podium dans un ordre décroissant est aujourd’hui : l’Italie (8,3%), l’Espagne (4.6%) et la France (3,3%). Ces trois pays ont tendance à tirer la létalité mondiale vers le haut.

[note du 20 mars 2020 : pour l’Italie, j’ai un très bon ami italien qui travaille dans le soin, qui m’informe qu’une des raisons possibles de l’augmentation de la contamination est, comme nous l’avons vu, un afflux massif vers les hôpitaux, dû à une forme de panique, mais également à la faible présence de médecin de ville. Les médecins travaillent beaucoup plus au sein de structures hospitalières qu’en cabinets.]

J’ai mis l’Angleterre et la Chine à part. Pour la première, c’est parce que comparativement, ils ont encore très peu de diagnostiqués. Pour la deuxième, on ne peut pas parler du pays tout entier. En effet, si l’on regarde les autres provinces que le Hubei, ils s’en sortent finalement très bien. La province de Hubei (qui contient Wuhan, l’épicentre) a une létalité de 4,6% à la fin de l’épidémie (ou pas loin) avec 67 800 contaminés déclarés. Gageons qu’avec ses 60 millions d’habitants, le nombre de personnes contaminées est plus important. Mais le plus intéressant est qu’ils ont 58 387 patients guéris.

Ce dernier chiffre interpelle car il nous montre bien que la guérison est la conclusion la plus fréquente de cette maladie. Et ce, dans un laps de temps relativement court, 5 mois. Leur protocole de soin est-il différent de ceux qu’on met en place actuellement dans d’autres pays ? Ou existe t-il une autre hypothèse ?

Je te propose un début de réponse au prochain article ;-). En attendant, prends bien soin de toi et à très bientôt. Tschuss !


[1] Un facteur de confusion est un concept épidémiologique traduisant le fait qu’on ne peut pas statuer sur l’effet isolé d’un phénomène (ou variable aléatoire en statistique)

[2] A ce sujet il est toujours intéressant de voir l’interview du Dr Elise Klein-Frutos : https://www.youtube.com/watch?v=aP69tVvAZ8w

[3] Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2019, n°. 28, p. 552-563

[4] https://jamanetwork.com/journals/jamainternalmedicine/fullarticle/2763184

[5] Sommerstein R. Preventing a covid-19 pandemic. BMJ 2020; 368  doi: https://doi.org/10.1136/bmj.m810 (Published 28 February 2020) BMJ 2020;368:m810.

[6] Madeddu P. ACE-inhibitors may facilitate COVID-19 related respiratory distress syndrome beside increasing the risk of infection. BMJ 2020;368:m810.

[7] Fang L, et al. Are patients with hypertension and diabetes mellitus at increased risk for COVID-19 infection? The Lancet Respiratory Medicine, published March 11, 2020.

[8] https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S2213-2600%2820%2930116-8

[9] Rokuro Hama. NSAIDs and flu. BMJ 2009;338:b2345

[10] Wolff GG. Influenza vaccination and respiratory virus interference among Department of Defense personnel during the 2017–2018 influenza season. Vaccine 2020;38:350.

[11] Lire le livre « Le nouveau régime méditerranéen. Pour protéger sa santé et celle de la planète », M. de Lorgeril, Éd. Terre vivante, 2015

[12] https://www.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6

[13] http://www.fao.org/3/Y4956E/Y4956E00.htm

[14] Clinique Buchinger, cf. reportage ARTE : https://www.youtube.com/watch?v=N8HGn5zhYdw

[15] https://www.nperf.com/fr/map/DE/-/169022.Vodafone-Mobile/signal/?ll=49.85923471774692&lg=10.404052734375002&zoom=7

[16] https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2016-10/rapport_delaboration_-_prise_en_charge_de_la_fievre_chez_lenfant.pdf

[17] https://adc.bmj.com/content/67/4/531

[18] https://accpjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1592/phco.20.19.1417.34865

[19] http://www.medicinabiomolecular.com.br/biblioteca/pdfs/Doencas/do-1323.pdf

[20] https://www.revmed.ch/RMS/2019/RMS-N-635/Toxicite-de-l-oxygene-dans-les-soins-aigus